En cette année 1814 , les environs de l’Auberge diffèrent de ceux d’aujourd’hui et notamment la route qui, par un virage marqué, emprunte alors l’actuelle vieille route de Sénas. L’auberge occupe un bâtiment qui contraste avec l’allure écrasée des mas de Provence. Depuis le 18ème siècle l’auberge le "Petit Pavé" (nom d'origine) a vu défiler de nombreux voyageurs. Le plus célèbre d’entre d’eux n’y a pourtant n’y mangé, ni dormi…

Avril 1814 : le premier Empire s’éffondre. Après les adieux dramatiques et émouvants de Fontainebleau, Napoléon doit se rendre à l’assignation qui lui a été imposée, l’Ile d’Elbe. Il va devoir traverser toute la France et affronter la population devenue hostile après des années de guerre ruineuses et meurtrières.

La suite de Napoléon se compose de douze voitures de toutes espèces. Il se trouve dans la seconde de la file, une berline à six chevaux. L’empereur est vêtu du frac vert de ses chasseurs de la garde, avec les épaulettes en or et le grand cordon de la légion d’honneur.

On traverse Montélimar, l’empereur est inquiet… est-il exact qu ‘en Provence les habitants sont extrêmement montés contre lui ? Puis, on traverse Donzère où on essaie d’arrêter sa voiture. Orange et Avignon sont traversées en pleine nuit mais difficilement car la foule a été prévenue de son passage.

Le 25 avril au matin, la berline s’arrête dans le village d’Orgon ; une foule exaltée s’est massée autour de la maison de la poste. On l’attend pour une exécution. Horrifié, l’Empereur voit devant lui une potence où se balance un manequin souillé de sang. Le feu est mis à la marionnette et l’Empereur, les yeux figés, regarde brûler son effigie. L’Empereur blêmit, quelle humiliation !

Orgon est enfin dépassé mais d’autres villages attendent le proscrit ; Napoléon ne veut pas revivre semblable cauchemar. Il ordonne d’arrêter la berline dans la cour d’une auberge et fait aux commissaires une proposition stupéfiante. Ceux-ci le voient si épouvanté qu’ils acceptent. Il désire précéder sa voiture d’une heure et jouer le rôle de son courrier.

Ses commissaires et toute la suite attendirent donc pendant une heure à cet endroit, avant de reprendre la route.(1)

Même si nous n’en avons pas la preuve absolue, il est difficile d’imaginer que cet épisode ait pu se dérouler ailleurs qu’à l’Auberge où vous vous trouvez. On sait en effet que c’est après le village d’Orgon et à une bonne distance (il y a trois kilomètres d’ici au village) que s’est déroulée la scène. Par ailleurs, l'empereur ne tenait certainement pas à traverser Sénas, le prochain village, dans les mêmes conditions ; or, il n'y avait à l'époque qu'une Auberge entre ces deux villages.

 

(1) Texte inspiré de André Castelot : Les Grandes Heures de Napoléon tome VI.